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Editorial de Monsieur le Maire
Liberté : une longue histoire
Pour célébrer cette année nationale, il nous semble important de rappeler aux jeunes générations que les idées républicaines ne sont pas nées spontanément en 1789. Notre patrimoine littéraire du XVIe siècle contient en effet d'inestimables "pierres précieuses" antérieures à la Révolution.
Tel est le cas d'Etienne de La Boétie, le très célèbre ami de Montaigne et jeune magistrat à Bordeaux vers l'an 1550... Il n'écrivit qu'un seul livre -et vingt-neuf sonnets dans le goût élégant de l'époque- avant de mourir prématurément à peine passé trente ans (et d'avoir donné toute sa mesure). Ses contemporains l'ont regretté, et nous pourrions certainement dire avec eux que la culture humaniste y a beaucoup perdu aux plans littéraire, moral et politique.
Dans son livre, La Boétie raconte une histoire émouvante, découverte au fil de ses traductions d'auteurs antiques grecs. La voici :
"Le roi de Perse, Darius, avait envoyé deux émissaires aux Spartiates et aux Athéniens pour exiger leur soumission, mais l'intimidation avait échoué, les Grecs avaient mis les émissaires à mort et résisté aux Perses...
"Plus tard, Xerxès, fils de Darius, voulut tenter de nouveau la manoeuvre. Les Spartiates, regrettant après coup le meurtre brutal des ambassadeurs Perses et afin d'éviter la guerre, envoyèrent à leur tour deux émissaires au représentant de Xerxès le plus proche, qui les reçut aimablement.
"Les deux Spartiates expliquèrent qu'ils étaient venus volontairement payer le prix du sang, homme pour homme, à la place des Perses jadis exécutés. Le ministre de Xerxès, admiratif devant un tel courage, leur offrit de passer au service de son maître, assurant qu'il ne manquerait pas de récompenser des hommes d'une telle valeur et d'une telle audace, en les reconnaissant comme rois de l'un ou l'autre des peuples grecs qu'il s'apprêtaient à soumettre.
"Les Spartiates ne furent pas du tout impressionnés par cette arrogance et cette offre de trahison. Ils y répondirent par le mépris. "Tu parles de la servitude, en nous décrivant ses avantages, parce que tu la connais" dirent-ils fièrement à leur interlocuteur, "mais tu ne peux même pas comprendre notre attachement pour notre liberté, tu ne sais pas quel goût elle a, combien elle est douce, parce que tu ne l'as jamais connue. Si tu l'avais vécue toi-même, tu nous conseillerais plutôt de la défendre comme nous le ferons contre toi, non pas seulement avec la lance et le bouclier, mais avec les dents et les ongles."
Voilà comment Etienne de La Boétie raconte l'histoire, au milieu de son siècle où la France avait sombré dans la guerre civile...
On peut espérer que ce goût de la liberté est toujours aussi vivant dans notre pays, mais serions-nous tous prêts à défendre la nôtre "avec les dents et les ongles" ? C'est une vraie question toujours d'actualité, et notre Histoire enseigne hélas que le moment vient toujours où il n'y a pas d'autre attitude à adopter pour rester libre : un jour ou l'autre, chacun doit prendre ses responsabilités, comme il peut, là où il est ... quelles que soient les manoeuvres, les lynchages... ou les promesses de l'adversaire.
En ce mois de juillet 2009, je vous invite à méditer ces pensées de La Boétie, jeune homme si courageux en son temps pour oser parler de liberté dans une société qui n'était que violence. Ce sont des pensées assez solides pour avoir traversé les siècles : elles demeurent sans aucun doute valables dans bien des circonstances d'aujourd'hui, ne serait-ce qu'en nous permettant de profiter librement des vacances... qu'au nom de la municipalité je vous souhaite excellentes !
Votre dévoué Maire |
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